Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°962 (2025-09)
mardi
4 mars 2025
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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![]() Foulque macroule, sur la glace La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) samedi 8 février 2025 ![]() ![]() La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) samedi 8 février 2025
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) samedi 8 février 2025 La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) samedi 8 février 2025 La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) samedi 8 février 2025
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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) samedi 8 février 2025
Foulque macroule, individu avec une marque blanche
sur la tête
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Canard colvert mâle La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) dimanche 16 février 2025 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Couple La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) dimanche 16 février 2025 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) dimanche 16 février 2025 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Cygne tuberculé
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs) dimanche 16 février 2025 |
"Chapitre un I Juillet 2006
La rue des Deux-Ponts traverse l’île Saint-Louis du nord au sud, entre le pont Marie et le pont de la Tournelle. Enzo avait été surpris que Kirsty puisse s’offrir un appartement en plein cœur de Paris, dans ce quartier où le mètre carré atteint souvent vingt mille euros. Mais, d’après Simon, elle vivait sous les toits, dans un tout petit studio dont son employeur payait le loyer. La veille, affalé dans son fauteuil, devant la fenêtre ouverte sur la nuit étouffante, tout en contemplant le plafond et en faisant glisser un bottleneck métallique sur les cordes de sa guitare qui gémissaient doucement, il s’était demandé s’il n’avait pas tort de chercher à la voir. Puis il s’était dit que, de toute façon, il devait aller à Paris – à cause d’un pari stupide. Quelque part au milieu du dédale de rues étroites du vieux Cahors, une horloge avait sonné 2 heures.
À la vue de Sophie, en chemise de nuit sur le seuil de la porte, il s’était brusquement senti ému par l’intensité de son amour pour sa fille ; des larmes lui étaient montées aux yeux.
Elle parlait toujours anglais lorsqu’ils étaient seuls. Avec un drôle d’accent écossais incongru qu’il ne pouvait s’empêcher d’associer au parfum du whisky. Elle était venue s’asseoir sur le bras du fauteuil.
Elle avait dit ça sans rancœur. C’était juste un état de fait.
Elle avait soulevé la guitare pour la caler contre la fenêtre, puis s’était blottie contre son père, la tête sur sa poitrine.
Il n’eut aucun mal à trouver l’immeuble – numéro 19 bis, à côté d’un marchand de légumes – mais il y avait un code. Il aurait pu sonner chez la concierge ; pour lui dire quoi ? Que sa fille habitait au dernier étage ? Et en admettant qu’elle le laisse monter, que lui raconterait-il ensuite, si Kirsty lui claquait la porte au nez ? Il décida de déjeuner à L’Îlot vache, le bistrot du coin. Assis près d’une fenêtre, il regarda passer les gens jusqu’à ce que le restaurant se vide et que le garçon commence à rôder dans la salle d’un air impatient. Il régla l’addition, il traversa la rue et entra au Louis XI, où il resta deux bonnes heures devant un verre de bière. Le soleil descendait dans le ciel. Les touristes défilaient toujours, transpirant dans la chaleur du mois de juillet et les gaz d’échappement des voitures, des bus et des taxis. Enfin, il la vit. Malgré toutes ces heures d’attente, il eut l’impression de recevoir un coup de poing dans l’estomac. Cela faisait douze ans qu’il n’avait pas posé les yeux sur sa fille. À l’époque, elle n’était encore qu’une adolescente de quinze ans, froide, distante, hostile. Il la regarda traverser la rue des Deux-Ponts, les mains chargées de sacs en plastique roses bourrés de provisions. Elle portait un jean taille basse et un court tee-shirt blanc sans manches exposant son ventre au monde entier. Très peu de filles possédaient une silhouette capable de supporter cette mode. Kirsty était de celles-là, avec ses épaules carrées et ses interminables jambes fines. Ses cheveux longs, comme ceux de son père, flottaient librement sur ses épaules. Enzo laissa tomber quelques pièces sur la table, se précipita dehors, et la rattrapa devant l’immeuble, où elle se débattait avec ses sacs pour composer le code.
Surprise, la jeune femme se retourna. Il lui fallut quelques secondes pour replacer dans leur contexte l’accent écossais inattendu et l’air vaguement familier de cet homme étrange. Entre-temps, Enzo s’était emparé des sacs et maintenait la porte ouverte. Rouge de confusion, Kirsty entra dans le hall. Ce laps de quelques secondes suffit à raviver sa colère.
Il la suivit dans la petite cour pavée agrémentée de plantes et d’arbres en pots. La loge de la gardienne se trouvait au pied d’un superbe escalier en bois.
Son émotion l’empêcha de continuer. L’intensité de son regard gênait Enzo. C’était la première fois qu’il prenait la mesure de sa colère. Il en était bouleversé.
Elle voulut arracher les sacs qu’il tenait, mais il résista.
Elle baissa les yeux sur les sacs en plastique.
Il se retrouva seul au milieu de la cour, stupide, désespéré. Au bout d’un long moment, il posa doucement les provisions sur la première marche. Puis il fit demi-tour et sortit de l’immeuble..."
Peter MAY - Le mort
aux quatre tombeaux
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