Le Trochiscanthe nodiflore [TN] n°341 - Mardi 30 octobre 2012

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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JS Bach -
Cantate BWV 191
"Gloria in excelsis Deo"

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Harde de Chamois

septembre et octobre 2012
Mont d'Or (Haut-Doubs)

Quelques chamois (des femelles et des jeunes) sous une falaise
samedi 15 septembre 2012

ça broute !
samedi 15 septembre 2012

samedi 15 septembre 2012

Tout près des "Modzons" !
samedi 15 septembre 2012

<image recadrée>

samedi 15 septembre 2012

Femelle, n'ayant qu'une corne (!),
et son jeune de l'année
samedi 15 septembre 2012

Une autre femelle, dans la pente enherbée !
samedi 15 septembre 2012

Au lever du soleil, la harde broute sur l'estive.
dimanche 23 septembre 2012

Passage de la crête, en contre-jour.
dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

Plus bas, dans la pente : une autre femelle.
dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

Dans la falaise
dimanche 23 septembre 2012

Bond
dimanche 23 septembre 2012
<image recadrée>

Face à face
dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

dimanche 23 septembre 2012

Harde broutant, devant la Dent de Vaulion (Suisse)
dimanche 21 octobre 2012

Une femelle et son jeune de l'année rejoignent la harde
(image un peu floue !).
dimanche 21 octobre 2012

dimanche 21 octobre 2012

Mâle (jeune?) quittant la harde
(le temps du rut n'est pas loin !)
dimanche 21 octobre 2012

La harde broute...
dimanche 21 octobre 2012
<image recadrée>

...tranquillement !
dimanche 21 octobre 2012
<image recadrée>



Petit texte :

"J'imagine qu'au Tibet on les eût revêtus, ces cinq sommets, de noms scintillants et rêveurs, tels qu'en peuvent inventer seulement les races contemplatives et les sages solitaires qui méditent au pied des Himalayas. Ainsi, le premier eût été : « La Porte des Célestes Félicités nées de l'Intelligence aiguë. » Et le second : « Pure Lumière de l'Amour, Consolation du Pauvre. » Et le suivant : « Demeure resplendissante du Troisième Immortel de Jade ». Et le plus haut : « Celui où les Oiseaux deviennent aveugles. » Et le dernier : « Très Eclatant miroir de la Totale Vérité. » Mais nous autres de la race blanche n'avons pas assez d'imagination, ou peut-être trop de pudeur, pour oser mettre de la poésie dans nos cartes.
Et le moyen de fouler aux pieds sans un abominable sacrilège « 
La Pure Lumière de l'Amour, Consolation du Pauvre »? Impossible ! Mais la traversée du « point coté 3666 », nous pouvions la tenter sans outrager les dieux. Ainsi, même dans ce détail minuscule, deux races affrontées marquent leurs conceptions différentes de l'univers et de la vie, sans qu'il soit possible de penser que l'une a tout à fait tort, ou tout à fait raison.
Peut-être avions-nous tort, nous autres, d'aller plus avant. Peut-être eût-il été véritablement sage d'en rester là et ne pas rajuster les sac d'un coup de reins, ne pas resserrer la corde, ne pas ressaisir nos piolets. Peut-être que chacun de nous, dans son for intérieur, doutait de l'efficacité de ces gestes apparemment indispensables, en mesurait l'inutilité foncière. Mais le mouvement et le bonheur, et la force additionnée de nos instincts nous empêchait de reculer. Qui l'eût proposé eût passé pour un traître.
A quelque cinquante mètres de là, l'arête s'évanouissait brusquement dans le ciel et rien ne permettait d'imaginer ce qu'il y avait derrière. Cette énigme irritante nous empêchait de jouir calmement des instants heureux que nous aurions pu goûter sur notre cime dont rien par ailleurs ne nous chassait, car l'atmosphère était calme et nous avions le beau temps. La force du désir détruisait une fois de plus en nous la possibilité même du bonheur. Et je songeais qu'il en serait toujours ainsi.
Quand la tentation devint trop forte, nous partîmes sans tourner la tête. J'étais le premier. Et je me souviens de cette allégresse avec laquelle j'accumulai des pas sur un sol intact, merveilleusement purifié de toute souillure par la tourmente des jours précédents. C'était ce miracle émouvant de la neige qui sans cesse s'épure et se lave et refait inlassablement des cimes toutes neuves pour les vieux désirs des hommes. D'ailleurs, nous l'abîmions si peu, cette belle neige, que c'en était un bénédiction. Tout juste derrière nous les pattes de mouche discrètes des crampons et le pointillé du piolet : à croire que nous avions perdu subitement toute pesanteur, acquis par magie l'ineffable légèreté de ces ombres transparentes et du vent que soufflaient les deux vides alternés entre lesquels ondulait notre arête. Il avait par endroit poli amoureusement la neige et nous traversions alors des dalles mates comme du calcaire et que l'acier griffait à peine. Plus loin, c'était une poussière brillante qui s'envolait au premier contact, croulait en cascades de cristal dans la pente où gesticulaient nos ombres interminables. En bas scintillait un torrent silencieux.
Puis brusquement, l'arête s'infléchit comme un arc et prit de la hauteur. Il fallut redoubler d'attention, poser l'un après l'autre, minutieusement, les pieds aux endroits stratégiques, piquer le piolet dans la paroi compacte et lisse, s'élever sans à-coup le long du manche. Mais tout cela ne faisait qu'aiguiser notre plaisir, car la montagne était solide, jouait son jeu sans détour, un jeu simple et loyal.
Je réalisai tout à coup que quelques mètres à peine me séparaient du sommet du deuxième dôme et qu'au-delà j'allais apercevoir enfin le monde inconnu que ses flancs avaient jusqu'à présent dissimulé, éclaircir l'énigme, découvrir peut-être une aventure inattendue, qui sait, peut-être l'Aventure elle-même. Et plus s'amenuisait l'intervalle qui me séparait de la cime, plus je conférais d'importance à la réponse qui m'allait être donnée. C'était bien mieux qu'un versant inconnu que j'allais découvrir. C'était je ne sais quoi d'important et de définitif, quelque chose qui allait marquer ma vie, modifier profondément ma manière d'être et d'agir ; peut-être un son, peut-être un mot. Non plus une réponse, mais la Réponse, celle qui rend inutiles toutes les questions. Comme si les deux abîmes, celui d'en bas et celui d'en haut, allaient échanger au point nuptial de la cime un secret que j'allais surprendre.
Enfin, le mur manqua à quelques pouces de mon visage et j'attendis encore un peu pour relever la tête. Puis je regardai de l'autre côté. Et certes je m'attendais à beaucoup de choses agréables ou non, plaisantes ou sérieuses, mais pas à cela.
Car, de l'autre côté de la cime, il n'y avait
rien.
Je demeurai là, stupide, une ou deux secondes, à écarquiller les yeux devant un néant blanchâtre et sans relief. Puis, tout à coup, je pensai : « 
Mais c'est un nuage ! »..."

Samivel - L'Amateur d'Abîmes

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